18 août 2006

Agoravox ou Agora-Intox?

Agoravox nous refait une crise de complotiste aïgue. En effet, deux articles de Pyrrhon et Nicolas (ici et la) ont pour but de créer un sentiment de doute face à la véracité du complot visant à descendre dix avions de ligne. Si le doute est bienvenu, il existe une légère nuance entre doute et paranoïa qui semble échapper à certains. Toujours est-il, comme le rappelle Anatole France, qu'« il faut douter du doute.» J’dis pas ça méchamment mais pour certains (voir certaines), le terrorisme semble n'être qu'une invention de l’esprit ou si le terrorisme existe, il ne peut être incarné que par le trio diabolique Bush/Blair/Israël.

Quelle est la logique de nos deux journalistes-citoyens? On commence avec des questions super orientées du genre «massacre dans des proportions gigantesques ou écran de fumée», le joli «le complot de Londres serait-il un montage destiné à créer un climat de panique?» Ces des questions n'ayant pour but que d’instiller le doute chez le lecteur. On en rajoute une couche avec l’incontournable «à qui profite le crime ?» Sur cette dernière question, le révolutionnaire Pierre Jean Duvivier argue «que la situation actuelle plaît au final à certains de ceux qui nous gouvernent: une population qui a peur a toujours des réflexes plus facilement conditionnables et/ou prévisibles." Ben voyons, les attentats de Londres de juillet dernier n'ont pas vraiment profité à Blair, c'est le moins que l'on puisse dire. Il s’est pas fait ratatouiller par les députés travaillistes backbenchers et n'a récolté que des vestes lors des dernières élections partielles (sans doute sans aucun liens avec la politique étrangère de Tony.) L’attentat de Madrid n'a évidemment pas profité à Aznar et a aidé un poil à l’élection de son rival. La même chose pour le complot déjoué des jours derniers. En effet Blair n’a pas gagné une nouvelle cohésion au sein du parti travailliste. Au contraire, depuis que Prescott s'est laché, les backbenchers demandent à Tony d'arrêter de jouer le caniche de Bush.

Mais ce qui est le plus choquant, ce n’est pas le syndrome « on nous cache tout, on nous dit rien», c’est le manque de rigueur de nos zuper reporters citoyens. Prenons l’exemple de Pyrrhon, correspondant Agoravox de New-York. Ce dernier écrit « The Guardian commence à bien montrer le scepticisme ambiant ». Reaaaaaaally ? Deux articles cités: l’un n’a rien à voir avec la version papier car il ne s’agit que d’un commentaire sur le blog du Guardian et l’autre ne parle que du scepticisme ambiant dans une communauté musulmane de la banlieue de Londres. Quelque chose de local donc. Le Guardian ne semble pas "douter" de l'authenticité du complot.

Dans une autre fil, un commentateur donne un article du Courrier International (malheureusement désormais indisponible) d’une bêtise navrante: la presse britannique de gauche (Guardian + The Independent) douterait. L'article est d’une bêtise navrante car le lien vers le Guardian donné par le Courrier, n'est pas le site de l'edition du journal, mais – encore une fois - celui de la section "Comment is free" blogsite qui ne reflète en rien l'éditorial du quotidien. Je suppose que Courrier International relaye l'article de Dan Plesch, chercheur au Centre for International Studies and Diplomacy, School of Oriental and African Studies, University of London. Toujours est-il qu'il s'agit d'une tribune opinion et non d'un éditorial. Comme chacun le sait, une tribune n’engage en rien la ligne éditoriale d’un quotidien. Cette tribune n'engage donc que Dan Plesh et rien que lui. En tout etat de cause, The Guardian "n'abonde" pas dans le sens de The Independent, suffit d'aller faire un tour sur "l'édition speciale". Le quotidien y rapporte par exemple aujourd’hui que la police britannique aurait découvert un "kit pour faire une bombe." Et puis, faut faire un tour sur le site de The Independent pour voir des titres aussi explicites: " Comment un groupe de terroristes suicidaires a planifié d'exploser jusqu'a dix avions? " Aussi, bon courage aux complotistes pour expliquer comment un type a réussit a dénoncer son frere comme faisant parti d'un groupe islamiste. Il a sans doute été corrompu par Bush/Blair.

Toujours est-il que le mal était fait, on peut lire sous la plume de « Zen» des «doutes émis par deux organes de presse UK, et non des moindres... ». Bigre. Comme disait Einstein, "il est plus difficile de briser un préjugé qu'un atome.» En contre exemple, faut faire un tour sur la fascinante tribune de Shami Chakrabarti, pourtant pas une tendre envers Tony Blair.

Au final, les articles de Pyrrhon ou de Nicolas n’apportent aucunes preuves quant à la véracité d’un montage par Bush et Blair sur cette histoire. Ils n'apportent qu'une suspicion irrationelle. Alors docteur, c'est grave? Pas vraiment, c’est juste long et laborieux de rectifier les faits. Et puis, la complotiste aïgue malgre son caractere contagieux, ne semble pas vraiment dangereuse, juste ennuyeuse.

PS: une version de ce billlet a ete publiee sur Agoravox

26 juillet 2006

Chavez pas tout compris

Pour ceux qui auraient loupé, le héros des anti-impérialistes, Hugo Chavez vient de faire ses courses. Dans le panier du combattant de la pauvreté du Vénézuela on ne trouve pas une véritable réforme économique mais 30 Sukhoi Su-30, 30 helicoptères, 100,000 Kalashnikov, le tout pour au moins 1 milliard de dollars. Visiblement Chavez en pince pas mal pour ses joujoux, la lecture de sa visite Izhevsk où réside Kalashnikov par le Moscow Times vaut le détour. On y apprend par exemple que Chavez est devenu fou en voyant une jeune femme assembler le fusil. Bigre. Faudrait qu'on envoie des reporters se foutre de sa gueule un peu comme le ferait un magazine de type Envoyé Special sur des militants de la NRA.

Il faudra aussi que l’on m’explique en quoi “l’épine dans le pied des Etats-Unis”, comme le décrit Jacques Nikonoff, dépense les revenus de son pays dans cet arsenal alors qu’un max de Vénézuéliens sont sous le seuil de pauvreté. Sans doute qu'une notion très personnelle de la redistribution des richesses anime l'infatigable parrachutiste.

Il va falloir aussi que quelqu’un m’explique pourquoi nos élites intellectuelles altermondiales n’ont pas changé de reférences, depuis euh ben depuis vachement longtemps en fait. Castro semble toujours innATTACable chez nos grands penseurs, et c'est toujours marrant de relire l'hagiographie de Castro par Ramonet sous le titre: "anticastrisme primaire." Après tout, le castrime étant une idéologie primaire (et brutale), on ne va pas s’embêter à créer un anticastrisme sophistiqué.

Dans le genre dépassement du mur du çon, je viens d’en lire une bien bonne: il parait que Bernard Cassen préfère parler espagnol qu’anglais “par réflexe anti-impérialiste.” Evidemment les pacifiques conquistadors ont appris les langues autochotones quand ils ont débarqué en Amérique Latine et n’ont pas imposé l'espagnol et le portugais à l'ensemble du sous-continent.

04 juin 2006

A Belgium-free Bolkestein

Ca s'est passé lundi dernier, le Conseil des ministres s'est réuni pour le vote sur la directive des services. La Belgique s'est abstenue, mais ce qui est marrant c'est la manière dont elle a tenté de cacher ce vote. Le ministre belge, Marc Verwilghen, n'a pas pris la parole au moment du vote, l'annonce n'a pas été communiquée aux journalistes étrangers et seuls les journalistes belges ont été mis au parfum. Cela avait echappé même aux meilleurs. Toujours est-il que cela montre le manque de clarté du fonctionnement des institutions de l'UE. Avec une volonté de rendre la méchanique décisionelle plus transparente, le Traité Constitutionel (I-24.6) prévoyait que le Conseil devait siéger publiquement, on connait la suite.

01 juin 2006

L'info monde en France

Ben ça commence bien, deuxième post et je me suis déjà pris les pieds dans le tapis. En effet, Pascal Riché de Libération avait déjà fait un papier sur Haditha mardi. N'empêche, il existe toujours à mon point de vue un décallage énorme entre la couverture de l'enquête et de la réaction de Bush dans la presse britannique et des Etats-Unis comparée à celle de la France. Je remarque par exemple que yahoo-news vient à l'instant de mettre en couverture la réaction de Bush a ce sujet. Dans le même temps la presse britannique et des Etats-Unis semble être passé à autre chose, en l'occurence l'acceptation du leader iranien a négotier directement avec les Etats-Unis. C'est un developement tout à fait remarquable et je regrette, une fois de plus, la lenteur de la presse française.

31 mai 2006

Haditha connait pas?

Ce matin, je me suis forcé à regarder Télé Matin sur France 2. Bon ben, ça ne réveille pas vraiment, le slogan dit "Télé Matin, pour vous réveiller en douceur", douceur est effectivement le mot, vu que l'on manque de se rendormir. Le journal ne fait aucun cas de la tuerie d'Haditha qui ouvre pourtant tous les journaux de BBC World de ce matin. Pourquoi ce silence? Je remarque avec stupeur qu'il n'y a par ailleurs rien dessus dans les 'éditions électroniques de Libé, de France 2, du Fig ou du Monde. Télé Matin enchaine avec quelques images de Djakarta et c'est tout pour les nouvelles étrangères, bigre. Enfin, presque, on doit se taper cinq pénibles minutes sur l'existence présumée d'une fille du Prince de Monaco. Ca enchaine molo avec une interview avec François Hollande (ça s'appelle les 4 vérités). Durant cette interview, Françoise Laborde manque une occasion en or de coincer Hollande: ce dernier parlait des erreurs des socialistes et Françoise Laborde ne lui demande pas de précisions sur ces "erreurs", dommage. C'est bien d'avoir Hollande, mais moi j'aurais préféré avoir un vrai débat entre le chef du PS et un(e) Villepeniste (si ça existe encore) pour l'anniversaire de Villepin à Matignon.

30 mai 2006

Fabius et Moscovici en duel interposé

Dans l'article de Michel Barnier du Monde d'hier, on trouve cette curieuse remarque:

Nous devons reprendre la parole, proposer, débattre ne serait-ce que pour placer les vainqueurs du 29 mai devant la faillite qu'ils ont engendrée. Il y faudra plus qu'un site internet, deux "blogs" et trois "chats."

Ignorant les conseils de Barnier, le même jour a vu un duel de chat interposé entre Laurent Fabius sur 20 Minutes et de Pierre Moscovici sur Le Monde.

J'ai posé aux deux, presque, les mêmes questions. Résultat des courses, Fabius a répondu à deux de mes questions (je crois en avoir envoyé cinq) et Moscovici à... aucune. Voici la première question retenue par Fabius:

"Bonjour Laurent. Etes-vous fier d'avoir mis l'UE dans l'impasse, d'avoir ridiculisé la France aux yeux de nos partenaires et d'effrayer les investisseurs étrangers avec votre programme chauviniste? Bien à vous. Citrouille

Merci de me prêter autant de pouvoir ! Mais les choses sont évidemment différentes. Le peuple a voté, en connaissance de cause, après un débat démocratique, non pas contre l’Europe mais contre la dérive libérale de l’Europe. Et cela, les observateurs objectifs le comprennent."

Sur la pente libérale que le TCE devait apporter, on en reparlera. Juste en passant, un autre leader socialiste Elio Di Rupo, président du PS belge, affirmait hier dans Libération que le rejet par la France du traité constitutionnel a accentué la «dérive libérale» de l'Europe que le non de gauche prétendait stopper:

Le projet de traité constitutionnel avait justement pour objectif de se donner des instruments de gestion politique et de bonne gouvernance. En la refusant, on n'a fait que consolider la dérive actuelle.

Et voici ma deuxième question:

"Bonjour Laurent. Le Monténégro doit-il devenir un Etat Membre de l'UE? Bien à vous. Citrouille.

C’est tout le problème du nombre des pays membres et des limites géographiques. En tout cas, il n’est pas possible de poursuivre indéfiniment l’élargissement sans avoir défini un nouveau et meilleur fonctionnement de l’Union. Sinon, celle-ci se dissoudera. "

Euh, merci de reformuler ma question, mais sur la réponse, on repassera, du vague, du mou, comprenne qui pourra. Dans une interview publiée par Libération, encore hier, Fabius se montre plus loquace sur d'autres sujets:

La Constitution ne permettait pas une vraie politique de croissance, et la règle de l'unanimité empêchait l'harmonisation fiscale. Quant aux coopérations renforcées, le texte exigeait un nombre de pays minimum trop élevé.

Ce que Fabius ne semble pas avoir compris c'est que le texte était un compromis. Il est bien évident que certains Etats Membres étaient farouchement opposés à la fin de la règle de l'unanimité sur les questions fiscales (Irlande.) Si Fabius devient Président, la situation sera la même, l'harmonisation fiscale est une ligne rouge pour trop d'Etats Membres qui n'hésiteront pas à mettre leurs droits de véto, cela ayant déjà été le cas lors des négotiations d'Amsterdam et Nice. De toutes les manières si l'harmonisation doit avoir lieu, celle-ci doit aller vers le bas peu de pays accepteront de faire monter leurs niveaux de taxation au niveau de celui de la France dont la croissance économique n'est pas vraiment un exemple. Croire que la France peut par un coup de baguette magique harmoniser fiscalement l'UE c'est croire au Père Noël.

Pour Moscovici, le chat semble beaucoup plus court que celui de Fabius et seules les questions les plus mielleuses semblent avoir été retenues. C'est regrettable, Fabius semble avoir joué le jeu et répondu à certaines questions désagréables.